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La Gazette de l’Intendant

Crédit : Martin Sylvest Andersen/Getty Images.
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Danemark : la diplomatie florale, une révérence au Vietnam

Crédit : Martin Sylvest Andersen/Getty Images.

Dîner d’État donné à Christiansborg en l’honneur du président vietnamien et de son épouse, le 19 octobre 2026, à Copenhague.

Le rouge et le jaune du drapeau vietnamien sont aussi les couleurs de la maison d’Oldenbourg.

Pour le banquet de Christiansborg, la Cour danoise a fait de cette correspondance le point de départ de son décor floral. L’intention est précisée par le Palais :

Réunir les deux pays dans les couleurs de la table.

Ce rapprochement donne à la réception une signature particulière.

Le Vietnam peut y reconnaître son emblème national, tandis que la monarchie danoise y retrouve une référence à son histoire. Un même bouquet adresse ainsi une marque d’honneur au visiteur et l’inscrit dans la maison qui le reçoit.

La diplomatie florale prend ici une forme concrète. Elle suppose de connaître l’invité, de chercher ce qui peut lui être agréablement familier et de traduire cette attention dans un décor adapté à la circonstance.

Une attention qui se prépare

Le premier choix se fait avant l’arrivée des fleurs. Que souhaite-t-on évoquer ? Quelle place donner au pays invité ? Comment inscrire cet hommage dans une salle qui possède déjà ses œuvres, ses couleurs et ses usages ?

À Christiansborg, la palette partagée laisse une réelle liberté de composition. Les roses rouges et jaunes se mêlent aux orchidées claires, aux hortensias d’automne et aux feuillages. Les couleurs nationales restent reconnaissables, sans imposer au bouquet la forme d’un emblème.

Roses et orchidées composent une palette dont les couleurs dominantes évoquent le drapeau vietnamien et la maison d’Oldenbourg.

La reine Mary a participé au choix des fleurs. Cette implication inscrit le fleurissement parmi les attentions personnelles de l’accueil royal. Elle rappelle aussi combien une réception se construit à travers des décisions qui paraissent modestes lorsqu’on les considère séparément : une nuance, une matière, une proportion.

Il faut néanmoins rester précis sur leur signification. Le message des couleurs est confirmé par la Cour. Rien ne permet d’attribuer à chaque espèce une intention politique supplémentaire. La diplomatie florale gagne à cette mesure : un hommage clairement établi, que le savoir-faire des fleuristes rend sensible.

Recevoir avec les objets de la maison

Les compositions prennent place dans le service à dessert de Frédéric VI, dessiné par G. F. Hetsch dans les années 1830 pour le deuxième Christiansborg. Près de deux siècles plus tard, ces pièces participent encore à l’accueil d’un invité d’État.

Composition sur pied à figures sculptées © Kongehuset.

Les pièces historiques du service à dessert de Frédéric VI accueillent les compositions florales du banquet.

Le choix du contenant donne de la profondeur au geste. Le palais reçoit avec les objets de son histoire, conservés pour continuer à servir. Leur présence permet de découvrir un patrimoine dans l’usage auquel cette réception lui donne accès.

Pour l’intendance, cette rencontre entre objet ancien et végétal implique des exigences concrètes. Protection contre l’humidité, stabilité, manipulation et déplacement doivent être envisagés dès la conception. Les dispositifs employés ce soir-là ne sont pas documentés, mais les contraintes appartiennent pleinement au métier.

Le support guide également la création. Sa silhouette, son ouverture et son décor déterminent les proportions possibles. Sur les photographies, les figures sculptées restent visibles sous les bouquets. Les fleurs prolongent les pièces sans en effacer le dessin.

Cette relation entre collections et création distingue l’art floral de palais. Le décor se compose avec ce que la maison possède, avec son histoire et avec les responsabilités qu’elle confie à ceux qui la font vivre.

La diplomatie à hauteur de table

Détail du couvert © Kongehuset

Autour du couvert, le fleurissement partage l’espace avec les verres, les pièces de table et les gestes du repas.

Une table d’État doit permettre de converser, de regarder son voisin et de suivre le service avec aisance. La qualité du fleurissement se mesure aussi à cette liberté laissée aux convives.

Hauteur, volume et espacement concernent donc autant l’intendance que les fleuristes. Une composition réussie depuis l’entrée de la salle peut devenir encombrante lorsqu’on s’assied. Un bouquet doit trouver sa place parmi les verres et les candélabres, puis accompagner un repas pendant lequel les assiettes et les gestes se succèdent.

À Christiansborg, les vues du banquet montrent une alternance de compositions surélevées et d’ensembles allongés. Devant les principaux invités, les fleurs forment un premier plan généreux tout en laissant les visages dégagés dans la photographie officielle.

Crédit : Martin Sylvest Andersen/Getty Images.

De gauche à droite, la reine Mary, le président Tô Lâm, le roi Frederik X, Ngô Phương Ly et le prince héritier Christian.

Cette photographie donne au décor une seconde durée. Les fleurs ont été choisies pour une soirée ; leurs couleurs accompagneront les images de la rencontre bien après le démontage de la table. Elles participent désormais à son identité visuelle.

Une réception, plusieurs attentions

Le menu et la musique prolongent l’accueil. Le cabillaud du Groenland, les algues du Kattegat, les champignons de Gribskov et les fruits du jardin de Fredensborg présentent aux invités une géographie liée au royaume. Au programme musical figure également la mélodie populaire vietnamienne Bèo Dạt Mây Trôi.

Le rapprochement de ces choix dessine une hospitalité attentive : faire découvrir ses produits, réserver une place à la culture de l’autre, trouver des couleurs dans lesquelles chacun puisse se reconnaître. Gastrodiplomatie et diplomatie florale contribuent à une même expérience de la réception.

© Kongehuset

Sur une console, les orchidées blanches disposent d’un espace qui autorise une composition plus ample qu’à table.

L’intendance assure la cohérence de cet ensemble. Elle relie les intentions de l’accueil aux réalités du lieu, aux collections disponibles et aux conditions du service. Son travail permet à chaque attention de prendre sa juste place.

À Christiansborg, une correspondance de couleurs a ainsi trouvé sa forme dans des fleurs choisies pour l’occasion, disposées dans des pièces anciennes, autour d’une table dressée pour recevoir. Devant les invités vietnamiens, le rouge et le jaune avaient quelque chose de familier. Le palais leur avait fait une place jusque dans ses bouquets.


Sources

décorations florales du banquet d’État du 19 octobre 2026

. * Maison royale du Danemark, 

galerie officielle du banquet de Christiansborg

. * Maison royale du Danemark, 

menu et programme musical

. * Analyse de l’agencement et des compositions à partir des six photographies du banquet.

Crédits photographiques

Images 1 et 5 : Martin Sylvest Andersen/Getty Images. Images 2, 3, 4 et 6 : © Kongehuset.

À lire également : La diplomatie florale : poser le cadre, teinter le discours, tenir la photo.