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Forum de Palaos : 18 000 habitants invitent dix-huit dirigeants

En août 2026, ce petit archipel de Micronésie accueille le 55e Forum des îles du Pacifique. Près de 2 000 délégués, une capitale grande comme un hameau, et une leçon d’intendance à ciel ouvert.

Le 30 août 2026, les dirigeants du Pacifique poseront leurs valises à Koror. Pour Palaos, 340 îles émeraude dispersées entre les Philippines et la ligne de changement de date, commence alors le défi logistique d’une génération : loger, nourrir, transporter et protéger l’équivalent de plus d’un dixième de sa population, arrivé d’un seul coup.

On imagine volontiers la diplomatie du Pacifique faite de discours et de communiqués. Elle est d’abord une affaire d’intendance. Accueillir le Forum des îles du Pacifique (la grand-messe annuelle des dix-huit États et territoires membres, de l’Australie à Tuvalu) suppose de recevoir près de 2 000 personnes : chefs de gouvernement, ministres, diplomates, partenaires étrangers et journalistes. Pour une capitale comme Canberra, c’est une formalité. Pour Palaos, dont la capitale officielle, Ngerulmud, est l’une des moins peuplées de la planète, c’est un tour de force. Le pays compte moins d’habitants que Monaco, et pas un seul soldat.

Son Excellence Surangel Whipps Jr., signe le Memorandum d'entente (MOU) sur les arrangements d'hôtes avec le Secrétaire général, le baron Divavesi Waqa. La signature formalise le rôle de Palau en tant qu'hôte.

Loger le Pacifique, lit par lit

La première épreuve est la plus prosaïque : où dormir ? Les hôtels de Koror, taillés pour les plongeurs venus admirer les Rock Islands, n’y suffisent pas. La réponse du président Surangel Whipps Jr. a le mérite de la franchise : il a invité ses concitoyens à proposer leurs chambres libres sur Airbnb. L’hospitalité privée devient infrastructure d’État. Rien d’une improvisation isolée : c’est une tradition du Pacifique insulaire, où chaque micro-nation hôte transforme, le temps d’un sommet, ses maisons, ses gymnases et parfois des navires en annexes diplomatiques.

Une armée que l’on emprunte

Vient la sécurité. Comment garantir la protection rapprochée de dix-huit dirigeants quand on ne dispose ni d’armée ni de police pléthorique ? Palaos, qui confie sa défense aux États-Unis depuis le Compact of Free Association de 1994, emprunte ses gardes. La ministre de la Justice, Jennifer Olegeriil, a promis une « protection rapprochée 24 heures sur 24 » pour chaque leader. Sur le terrain, la Police fédérale australienne, via le Pacific Police Support Group basé à Brisbane, prête main-forte : plus d’une centaine d’officiers venus de toute la région doivent être déployés, tandis que des policiers palaosiens ont été formés en Australie pour l’occasion. La sécurité d’un sommet devient, elle aussi, une œuvre collective.

Pays membres (en bleu foncé), membres associés (en bleu moyen) et observateurs (en bleu clair).

Le protocole d’un géant miniature

Reste à orchestrer le cérémonial. Faute de palais des congrès, Palaos mobilise ce qu’il possède : le Ngarachamayong Cultural Center et le gymnase national, convertis en salle plénière et en salons pour les entretiens bilatéraux. Un décret présidentiel, l’Executive Order n°495, a institué un comité d’organisation coprésidé par le ministre d’État et celui des Infrastructures, quand le ministère des Finances tient les cordons de la bourse. Le pays n’en est pas à son coup d’essai : en 2014, il recevait déjà le 45e Forum, ouvert à Ngerulmud puis déployé à Koror, celui-là même qui vit Dame Meg Taylor devenir la première femme secrétaire générale de l’organisation.

Recevoir, c’est exister

Derrière l’intendance se joue un enjeu politique. Pour un micro-État, accueillir le Forum n’est pas une contrainte : c’est une affirmation de souveraineté. Le temps d’une semaine, Palaos cesse d’être un point sur la carte pour devenir la capitale du « Continent bleu », ce Pacifique que ses dirigeants veulent penser comme un tout, autour de la Stratégie 2050. Recevoir le monde quand on est plus petit que Monaco, c’est prouver qu’on en fait pleinement partie. Et rappeler que, dans le Pacifique, la logistique est peut-être la plus haute forme de diplomatie.