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La Gazette de l’Intendant

Xi Jinping prononce son toast dans l'East Room. À droite, l'aigle que Donald Trump vient de lui offrir.
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Xi Jinping à la Maison-Blanche : anatomie d’un dîner d’État

Un dîner d’État dans l’East Room

Donald Trump aurait sans doute préféré recevoir Xi Jinping dans sa future salle de bal. Elle est encore en chantier. Le dîner d’État offert au président chinois et à son épouse, Peng Liyuan, s’est donc tenu dans l’East Room, la plus grande salle de réception de la Maison-Blanche.

Environ 145 invités y avaient pris place.

La visite avait une importance particulière. Xi Jinping n’avait plus été reçu en visite d’État à Washington depuis 2015 et rendait à Donald Trump la visite effectuée par celui-ci à Pékin quelques mois plus tôt.

Deux visites d’État en moins de six mois : les deux pays avaient manifestement beaucoup de choses à se dire.

L’arrivée

Au North Portico, le cérémonial est celui des grandes occasions : tapis rouge, photographes, poignées de main et photo officielle des deux couples présidentiels sur les marches de la Maison-Blanche.

À l’extérieur du périmètre protocolaire, l’ambiance est différente. Des manifestants hostiles à Pékin se font entendre jusque pendant les photographies officielles.

C’est aussi cela, une visite d’État : deux réalités qui coexistent parfois à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre.

Avant le dîner, regarder la table

Pour un intendant, le dîner commence bien avant l’arrivée des invités.

La table donne déjà beaucoup d’informations.

Le rouge est partout : nappes, bougies, fleurs. La Maison-Blanche l’a présenté comme un hommage à une couleur profondément associée à la culture chinoise.

Mais en regardant les photographies de plus près, d’autres détails attirent l’attention.

La nappe n’est pas simplement rouge. Elle présente un motif matelassé à rinceaux qui prend très bien la lumière des bougies. Devant chaque convive, un large plateau doré à cannelures accueille une assiette blanche portant le sceau présidentiel en or.

Les couverts sont en vermeil, au modèle à filets. Leur disposition permet déjà de deviner la construction du repas : cuillère à potage, couteau à poisson à lame plate, couvert à dessert placé au-dessus de l’assiette. Rien de spectaculaire, mais une table parfaitement lisible.

Les verres, à jambes torsadées, rappellent les cristaux anciens. Ils ont été remplis avant l’entrée des invités.

La serviette de lin à jours est pliée en rectangle. Le menu calligraphié est posé dessus, retenu par une cordelière terminée par un gland d’or. Les marque-places sont écrits à la plume.

C’est une table assez classique dans son organisation, mais très travaillée dans les matières.

Les centres de table restent bas, ce qui permet aux convives de se voir et de parler sans avoir à contourner les fleurs. Dahlias, renoncules, rouges profonds, corail, bordeaux : la palette reste dans le registre choisi pour la soirée.

Autour de la salle, de grandes compositions blanches accueillent notamment des dahlias cactus et des baies orangées.

Certains y verront un rappel du chrysanthème, très présent dans la culture chinoise. Rien ne permet toutefois d’affirmer que cette référence était intentionnelle.

Un autre détail mérite l’attention.

La Maison-Blanche avait annoncé l’utilisation du service Reagan, cette porcelaine au large marli rouge choisie par Nancy Reagan en 1981. Or, sur les photographies de la table avant le dîner, c’est surtout l’or que l’on remarque.

Le service Reagan a pu intervenir au cours du repas. Mais au moment où la salle a été photographiée, la table américaine était nettement plus dorée que rouge.

Nappe rouge, assiette au sceau présidentiel, vermeil et cristal torsadé : la table avant l'arrivée des convives.

Le toast : un souvenir de 1972

Le dîner s’ouvre avec un vin pétillant californien de Schramsberg.

Le choix n’est pas anodin.

En février 1972, lors du voyage historique de Richard Nixon en Chine, un vin de cette maison avait été servi à Pékin lors du célèbre toast avec Zhou Enlai.

Il faut cependant apporter une précision : ce n’était pas exactement la même cuvée. En 1972, il s’agissait d’un Blanc de Blancs 1969. En 2026, la Maison-Blanche a choisi un Blanc de Noirs.

La référence historique est donc réelle, mais elle tient au domaine davantage qu’à la bouteille elle-même.

Et c’est sans doute plus intéressant ainsi : on ne reproduit pas 1972, on y fait discrètement référence.

Un menu américain… très français dans sa construction

Le menu a été présenté en anglais et en chinois.

La version chinoise est particulièrement intéressante à observer.

Le terme 法式, « à la française », y apparaît à plusieurs reprises : pour les champignons sauvages, pour la sauce verte et pour le crémeux à la vanille. La pancetta est, elle, décrite comme du porc fumé « à l’italienne ».

C’est un détail, mais il dit quelque chose de la construction du repas.

Les produits sont essentiellement américains : courge jaune, bar, aubergine du jardin de la Maison-Blanche, noix, griottes, miel provenant des ruches de la résidence présidentielle.

Quelques éléments font directement référence à l’Asie : huile de ciboule, sésame, pak-choï braisé.

En revanche, le vocabulaire culinaire et les techniques restent très français : velouté, fricassée, crémeux, frangipane.

Ce n’est d’ailleurs pas une particularité de cette seule soirée. La cuisine française continue d’occuper une place importante dans le répertoire technique des grands dîners officiels occidentaux, même lorsqu’aucun plat français à proprement parler n’est servi.

Aucun chef invité n’a été annoncé pour ce dîner. C’était différent en 2015 : lors de la précédente visite d’État de Xi Jinping à Washington, sous Barack Obama, la cheffe Anita Lo avait participé à l’élaboration du repas.

Un détail pouvait également surprendre les invités chinois. À Pékin, la fête de la mi-automne avait déjà commencé et Xi Jinping l’a lui-même évoquée dans son toast. Pourtant, aucun gâteau de lune ne semble avoir figuré au menu.

Ce n’est pas nécessairement un message. Mais pour un repas construit avec autant de références culturelles, l’absence se remarque.

La version chinoise du menu. Le mot 法式, « à la française », y figure trois fois.

Deux discours, deux façons de raconter l’histoire

Donald Trump prend la parole le premier. Il évoque les différences entre les deux systèmes politiques mais insiste sur la durée des relations entre les peuples américain et chinois.

Xi Jinping choisit, lui aussi, de parler d’histoire.

Il rappelle la diplomatie du ping-pong, les séquoias offerts à la Chine après le voyage de Nixon et évoque même George Washington, amateur de porcelaine chinoise.

La référence est bien choisie pour un dîner d’État : parler de porcelaine chinoise dans l’une des salles les plus cérémonielles de la Maison-Blanche permet de rappeler que les relations entre les deux pays ne se résument pas aux tensions du moment.

La musique accompagne également la soirée, avec le ténor Christopher Macchio et plusieurs formations militaires américaines, dont le Marine Band, « The President’s Own ».

Le cadeau américain

Pendant le discours de Donald Trump, un objet recouvert d’un voile attend près du pupitre.

Il est ensuite dévoilé : un pygargue à tête blanche, ailes ouvertes sur une branche. Le président américain précise que le cadeau a été conçu avec Melania Trump et souhaite à Xi Jinping de lui trouver une belle place à Pékin.

Le choix de l’aigle n’a évidemment rien de discret. Il est l’un des symboles les plus immédiatement identifiables des États-Unis.

Donald Trump au pupitre. À droite, le cadeau destiné à Xi Jinping attend sous son voile.

Ce qui est intéressant, c’est sa répétition dans le décor.

On retrouve l’aigle sur le pupitre, sur les assiettes, sur les menus et sur les marque-places. À la fin du dîner, il devient également un objet offert au président chinois.

La décoration rendait hommage à la Chine par la couleur. Les symboles américains, eux, n’avaient pas disparu pour autant.

Xi Jinping trinque avec Melania Trump. Derrière eux, l'aigle désormais dévoilé.

À la table d’honneur

Le placement des invités raconte une autre partie de la soirée.

Melania Trump est assise entre Xi Jinping et Elon Musk. Peng Liyuan se trouve près de Tim Cook. Jensen Huang, patron de Nvidia, et Lisa Su, d’AMD, comptent également parmi les invités.

La tenue de Melania Trump mérite d’ailleurs un regard : plutôt qu’une robe du soir, elle choisit un smoking, accompagné d’un chemisier blanc à grand nœud et d’un pantalon de brocart noir décoré de pivoines.

La référence chinoise est là, mais de façon assez subtile.

Dans la salle figurent également Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Sam Altman, Sundar Pichai, Satya Nadella, Jamie Dimon, Larry Fink ou encore Bernard Arnault.

La composition de la salle est révélatrice d’une évolution des dîners d’État.

La technologie, l’intelligence artificielle et la finance occupent désormais une place considérable dans ce type de réception. Les grandes personnalités du spectacle, elles, étaient beaucoup moins présentes ce soir-là.

En 2011, lors de la visite du président Hu Jintao, la soirée faisait une large place à la culture, avec notamment une prestation du pianiste Lang Lang à la Maison-Blanche. Quinze ans plus tard, le décor a changé : parmi les invités les plus remarqués figurent surtout les dirigeants de la technologie, de l’intelligence artificielle et de la finance. Le symbole est intéressant : les figures culturelles n’ont pas disparu, mais le pouvoir économique et technologique occupe désormais une place beaucoup plus visible à la table d’État.

Autre élément notable : plusieurs dirigeants de grands groupes chinois, notamment BYD, Xiaomi et CATL, avaient été annoncés ou évoqués avant la visite. Ils ne figuraient finalement pas parmi les invités, la délégation chinoise présente au dîner étant essentiellement gouvernementale.

Là encore, il faut éviter de faire dire trop de choses à une absence. Mais dans un dîner d’État, la liste des invités mérite toujours autant d’attention que le menu.

Après le dîner, visite du chantier

La soirée se termine d’une manière assez inhabituelle.

Donald Trump invite certains de ses convives à franchir un rideau au fond de l’East Room pour découvrir le chantier de la future salle de bal de la Maison-Blanche.

Il évoque déjà une « Great Hall of the United States ».

Xi Jinping, de son côté, ne remet pas publiquement son cadeau au président américain pendant le dîner. Un présent chinois est néanmoins visible dans l’East Room.

Les annonces chinoises les plus remarquées sont ailleurs : deux pandas géants destinés aux États-Unis et l’invitation faite à 100 000 étudiants américains à venir étudier en Chine.

Deux manières très différentes de pratiquer le cadeau diplomatique.

Ce que je retiens de cette table

Ce dîner ne reposait pas sur une scénographie révolutionnaire. Et c’est justement ce qui le rend intéressant.

La Maison-Blanche a utilisé des codes très classiques : porcelaine officielle, vermeil, bougies, fleurs, grand service à table. Elle y a ajouté suffisamment de références chinoises pour honorer l’invité sans transformer l’East Room en décor thématique.

Le rouge faisait le lien avec la Chine. L’or et les aigles rappelaient immédiatement où l’on se trouvait.

En cuisine, la même logique apparaît : produits américains, quelques touches chinoises, mais une grammaire technique largement française.

Enfin, la liste des invités raconte peut-être mieux que tout le reste le dîner d’État de 2026. Autour de la table, les patrons de la technologie et de l’intelligence artificielle avaient pris une place autrefois occupée plus volontiers par les artistes et les grandes figures de la culture.

C’est probablement là que cette soirée devient véritablement intéressante pour l’intendant.

Une table d’État n’est jamais seulement une belle table. Il faut regarder qui y est assis, ce qu’on lui sert, les objets que l’on sort des réserves et les références que l’on choisit de glisser dans le décor.

Et parfois, simplement regarder ce qui manque.


Sources

Sources officielles

Patrimoine et histoire

Presse

Sources iconographiques

Photographies prises lors du dîner d’État offert au président chinois Xi Jinping à la Maison-Blanche, Washington, le 24 septembre 2026.

- Mise en place de la table dans l’East Room. Kevin Dietsch / Getty Images - Xi Jinping portant un toast avec Melania Trump pendant le discours de Donald Trump. Kevin Dietsch / Getty Images - Donald Trump prenant la parole pendant le dîner d’État. Kevin Dietsch / Getty Images - Xi Jinping prononçant son discours dans l’East Room. Kevin Dietsch / Getty Images

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