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Intendance Palace
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La Gazette de l’Intendant

la façade du palais Al Alam, ses colonnes bleu et or évasées, vue depuis la place
Protocole et Cérémonial

Oman : à Al Alam, l'audience commence par un café

Le 14 janvier 2025, le cortège du roi de Bahreïn franchit la porte de Mascate entre deux haies de méharistes, puis gagne au pas des cavaliers la cour d’Al Alam. Trompettes, vingt et un coups de canon, un hymne, des poignées de main. Ensuite, selon un usage que les communiqués officiels consignent visite après visite, le sultan conduit son hôte au salon. 

Avant toute conversation d’État, on y sert le café.

De la porte de Mascate à la cour d’honneur

Le communiqué du ministère omanais des Affaires étrangères décrit la journée avec la précision d’un programme. Le sultan Haïtham ben Tarik accueille lui-même le roi Hamad ben Issa Al Khalifa à l’aéroport royal. Des avions de l’armée de l’air omanaise ont escorté l’appareil du roi depuis son entrée dans l’espace aérien.

Vient ensuite la traversée de la vieille ville. À la porte de Mascate, des méharistes de la garde royale bordent la route. La cavalerie royale, la garde royale et une fanfare montée escortent le cortège jusqu’au Musée national. Dans la première cour du palais, des citoyens et des troupes culturelles accueillent l’invité par des chants de bienvenue, dans la forme traditionnelle de l’ayyala. Dans la cour intérieure, les trompettes annoncent l’arrivée et vingt et un coups de canon saluent le roi. Le sultan le conduit à l’estrade d’honneur pour l’hymne bahreïni, puis chacun salue la délégation de l’autre : membres de la famille royale, présidents du Conseil d’État et du Conseil consultatif, ministres, chefs militaires et de la police.

Le communiqué de ce jour-là s’arrête là. D’autres, rédigés sur le même modèle, racontent la suite. En octobre 2024, après les honneurs rendus au président algérien Abdelmadjid Tebboune, le sultan et son invité gagnent le salon, où ils prennent le café. Pour le roi de Jordanie, en octobre 2022, la formule est plus précise encore : le sultan et son hôte passent au majlis, où l’on sert le café arabe.

Pour un professionnel du protocole, le détail compte. Un communiqué officiel ne note que ce qui fait partie de la cérémonie. À Al Alam, le café est un temps du programme, au même titre que l’hymne.

« Le sultan et son hôte passent au majlis, où l’on sert le café arabe. » Ministère omanais des Affaires étrangères, octobre 2022

Le sultan Haïtham ben Tarik et le roi Hamad ben Issa Al Khalifa au palais Al Alam, à Mascate, le 14 janvier 2025.

Un palais pour recevoir, bâti sur les fondations d’un autre

Al Alam signifie « le drapeau ». Le palais se dresse face au port, entre deux forts du XVIᵉ siècle bâtis par les Portugais, Al Jalali et Al Mirani. Ses colonnes bleu et or, évasées en entonnoir, portent un toit plat d’où s’élève un mât solitaire : celui du drapeau qui lui donne son nom.

Le lieu est plus ancien que le bâtiment. Au début du XIXᵉ siècle, le sultan Saïd ben Sultan fait élever ici une première demeure, Bayt al-Alam, sur les fondations de l’ancienne muraille de mer. Endommagée en 1895, elle n’est pas restaurée faute de moyens, puis reste fermée pendant que le sultan Saïd ben Taïmour réside surtout à Salalah. Elle est démolie en 1971. Le nouveau palais, voulu par le sultan Qabous ben Saïd et dessiné par la firme indienne Shapoorji Pallonji, prend sa place. La date d’achèvement le plus souvent citée est 1972 ; l’historien J. E. Peterson indique pourtant que le chantier lancé en 1971 était encore en cours en 1975.

Le palais n’est pas fait pour la vie quotidienne : c’est le palais cérémoniel du sultan, celui des accueils officiels, des entretiens et des dîners. Les grands repas se tiennent dans sa maison d’hôtes. Le soir du 14 janvier 2025, le sultan y offre un dîner officiel en l’honneur du roi de Bahreïn. Avant de passer à table, les deux souverains échangent des cadeaux commémoratifs.

C’est aussi là que le pays reçoit dans le deuil. En janvier 2020, après la mort du sultan Qabous, son successeur reçoit à Al Alam les dirigeants du Golfe, des personnalités venues du monde entier et de simples citoyens venus présenter leurs condoléances.

Le port de Mascate et le palais du sultan, vers 1870, dominés par le fort Al Mirani. Ce palais a précédé l'actuel Al Alam, à son emplacement.

Le café, servi selon la règle

En 2015, l’UNESCO a inscrit le café arabe sur sa Liste représentative du patrimoine culturel immatériel, à la demande des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite, d’Oman et du Qatar. Le texte de la décision le décrit comme un acte cérémoniel de générosité, et il en fixe les gestes. Le café se prépare traditionnellement devant les invités. L’hôte le plus important ou le plus âgé est servi le premier, la tasse remplie au quart, que l’on peut resservir. L’usage veut qu’on en boive au moins une, sans dépasser trois.

L’inventaire national omanais du patrimoine immatériel, déposé auprès de l’UNESCO, ajoute les règles de la maison. On ne remplit jamais la tasse. On ne sert jamais dans une tasse ébréchée, même modeste. L’invité agite légèrement sa tasse pour signifier qu’il a assez bu, puis la rend au jeune homme qui sert, sans jamais la poser à terre. Lors de l’extension de l’inscription en 2024, le dossier précise que le café se verse de la main droite.

Un détail intéresse l’intendant. La décision de l’UNESCO note que pour les grandes occasions, la préparation et le service sont confiés à des spécialistes. Au majlis d’Al Alam, l’homme qui tient la dallah, la cafetière au long bec, sait qui servir en premier, combien verser, et quand s’arrêter.

« Un acte cérémoniel de générosité. »

UNESCO, décision du Comité intergouvernemental, 2015


Cafetière omanaise en pierre et fibre de palmier, fabriquée à Izki. On y faisait bouillir le café, filtré ensuite à travers la fibre de palmier tressée.

L’encens du Dhofar, là où les communiqués se taisent

Les communiqués officiels ne parlent pas d’encens. Rien ne permet donc d’affirmer qu’il circule au majlis d’Al Alam lors d’une visite d’État. Il est pourtant l’un des grands symboles de l’Oman, et il n’est jamais loin du palais.

Il vient du Dhofar, au sud du pays, où pousse le Boswellia sacra, l’arbre dont on tire le luban. En 2000, l’UNESCO a inscrit au patrimoine mondial les lieux de ce commerce, rebaptisés en 2005 « Terre de l’encens » : les arbres de Wadi Dawkah, les vestiges de l’oasis caravanière de Shisr, ou Wubar, et les ports de Khor Rori et d’Al Baleed.

Les invités de l’État en croisent la mémoire en chemin. Le cortège du roi de Bahreïn a été escorté jusqu’au Musée national avant d’entrer dans la cour du palais. La galerie que ce musée consacre à la Terre de l’encens présente le commerce de l’encens au long cours depuis le IIIᵉ millénaire avant notre ère, les variétés de résine et des brûle-parfums anciens.

Arbres à encens à Wadi Dawkah, dans le Dhofar, l'un des quatre sites de la « Terre de l'encens » inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Les routes de la mer

Le palais regarde la mer, et son histoire aussi. La cardamome qui parfume le café omanais venait de la côte de Malabar, en Inde, par les routes de l’océan Indien. Et le palais d’aujourd’hui a été dessiné par une firme de Bombay.

Au salon d’Al Alam, l’hôte le plus puissant du jour reçoit une tasse remplie au quart. Pour dire qu’il a assez bu, il n’a besoin d’aucune langue : il lui suffit de l’agiter doucement.


Questions fréquentes

Peut-on visiter le palais Al Alam ? Non. L’intérieur n’est pas ouvert au public. On peut voir la façade depuis les grilles et la place qui la précède, ou depuis le port de Mascate.

Le sultan d’Oman habite-t-il au palais Al Alam ? Al Alam est le palais cérémoniel du sultan. Il y accueille les chefs d’État, y tient des entretiens officiels et y offre des dîners dans la maison d’hôtes. Les communiqués officiels ne le présentent pas comme sa résidence.

Que signifie Al Alam ? « Le drapeau ». Le palais succède à une demeure plus ancienne, Bayt al-Alam, la « maison du drapeau », bâtie au début du XIXᵉ siècle sur le même emplacement.

Quand le palais actuel a-t-il été construit ? Il a été commandé par le sultan Qabous ben Saïd après la démolition de l’ancien palais en 1971. La date le plus souvent retenue est 1972, mais selon l’historien J. E. Peterson, les travaux se poursuivaient encore en 1975.


Sources et crédits

Sources documentaires

Institutions officielles

Archives et musées

Presse

Publications spécialisées

Historical Muscat: An Illustrated Guide and Gazetteer

, Leiden, Brill, 2007 : https://www.archnet.org/sites/22198

Crédits photo