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La Gazette de l’Intendant

Pays nordiques : le fabuleux voyage du Club des Chefs des Chefs
Protocole et Cérémonial

Pays nordiques : le fabuleux voyage du Club des Chefs des Chefs

Copenhague, Stockholm, Helsinki.

Frederik X, Carl XVI Gustaf et Alexander Stubb ont reçu le très sélect Club des Chefs des Chefs.

Ils nourrissent les rois, les présidents et leurs invités. En septembre, deux rois et un président les reçoivent.

Des appartements privés d’Amalienborg à la résidence du président finlandais : récit d’un “Nordic Tour” du Club des Chefs des Chefs.


Dans le grand escalier du palais de Frederik VIII, à Amalienborg, le roi Frederik X entouré des chefs du Club. Au premier rang : Christian Garcia, président du Club, le chef du roi de Danemark, le souverain, puis Gilles et Monica Bragard.

Copenhague, 1984. Un adolescent de seize ans, smoking et nœud papillon, tient un coffret entre les mains. Autour de lui, des toques hautes comme des cheminées. C’est sa toute première mission officielle. Avec son frère Joachim, il reçoit, au nom de leur père le prince Henrik, un titre peu banal : membre d’honneur d’un club de cuisiniers. Pas n’importe lesquels. Ceux qui cuisinent pour les chefs d’État.

Septembre 2026. L’adolescent est roi. Il s’appelle Frederik X…

…et le Club des Chefs des Chefs est revenu.

Ils cuisinent pour l’Élysée, la Maison-Blanche, le roi Charles III, le prince Albert II, le président indien ou la chancellerie allemande. Ils viennent d’une vingtaine de pays, du Canada au Kazakhstan, de Singapour à la Côte d’Ivoire, de l’Arabie saoudite à l’Irlande.

Leur métier consiste à disparaître. Un dîner d’État réussi est un dîner où personne ne pense à la cuisine. Pendant une semaine, pourtant, ce sont eux que l’on attendait.

1977, une table chez Bocuse

Une table chez Paul Bocuse. Autour, des hommes en veste blanche qui partagent un secret : ils cuisinent pour les chefs d’État. Même pression, même silence, mêmes nuits blanches avant une visite officielle. Et pourtant, ils ne se connaissent pas.

Gilles Bragard, créateur de vêtements pour les chefs, a une intuition. Ces hommes de l’ombre doivent se rencontrer. Il les réunit. Le Club des Chefs des Chefs est né.

Un demi-siècle plus tard, il est toujours à la baguette. Le grand manitou de chaque voyage. Il ouvre les portes, règle les audiences, connaît chaque chef par son prénom. À ses côtés, Monica Bragard, élégance et chaleur mêlées, l’âme discrète de la famille.

Le Club est aujourd’hui présidé par Christian Garcia, représentant personnel du prince Albert II de Monaco pour la gastronomie. Mark Flanagan, chef du roi Charles III, en est le vice-président. La règle, elle, n’a jamais changé : une fois par an, un pays. Ses produits, ses tables, ses gestes. Et, quand la porte s’ouvre, celui que l’on nourrit d’ordinaire sans jamais le voir.

Copenhague : le prince de 1984 ouvre sa porte

Amalienborg, 14 septembre. Quatre palais en octogone, la statue équestre de Frederik V, les bonnets à poil de la Garde royale. Mais ce jour-là, les chefs ne s’arrêtent pas aux salons d’apparat. Ils montent dans les appartements privés du palais de Frederik VIII, là où vit la famille royale. Parmi eux, le chef du roi de Danemark. Pour lui, le voyage commence à domicile.

Frederik X ne se contente pas d’une poignée de mains. Il guide lui-même ses visiteurs. Ici, la tradition monarchique cohabite avec l’art contemporain danois. Les chefs s’arrêtent devant des cartes du monde, devant une œuvre textile au long travail de tissage. Des détails d’une maison habitée.

Puis vient la photographie. Le grand escalier, les tentures rouges, les rampes dorées. Vingt vestes blanches en gradins, brodées chacune aux armes d’un pays. Au centre, le roi, veste de tweed et col ouvert, sourire franc. Pas un souverain qui reçoit une délégation : un hôte qui accueille des amis.

Et le Club a apporté son cadeau. Une veste de chef, brodée au nom du roi. Le prince de 1984 reçoit enfin la tenue de ceux qui l’avaient accueilli pour sa première mission.

Copenhague, 1984. En haut : les princes Joachim et Frederik, en smoking, reçoivent la distinction du Club au nom de leur père, le prince Henrik. En bas : les chefs du Club, toque en tête, devant une guérite d'Amalienborg, aux côtés d'un soldat de la Garde royale.

Deux jeunes princes en nœud papillon. Un garde royal immobile devant sa guérite. À côté de lui, une rangée de cuisiniers accroupis comme une équipe de football avant le match. Le premier acte officiel du futur roi avait été pour eux. Quarante-deux ans plus tard, c’est le roi qui leur ouvre sa maison.

1984, la première mission d’un prince Lors de la première visite du Club au Danemark, en 1984, le prince Henrik est nommé membre d’honneur. Son fils aîné, alors âgé de seize ans, reçoit la distinction en son nom, avec son frère Joachim. La Maison royale danoise précise qu’il s’agissait de la toute première mission officielle de l’actuel roi.

Stockholm : un roi en veste de chef

Le lendemain, 15 septembre. Au Palais royal de Stockholm, Carl XVI Gustaf reçoit le Club dans les appartements de la princesse Sibylla. Boiseries vert pâle, trophées dorés, lustre de cristal, tapis d’Orient. Au mur, dans un cadre doré surmonté d’une couronne, un portrait en uniforme du XIXe siècle veille sur la scène.

Le roi Carl XVI Gustaf entouré des membres du Club dans les appartements de la princesse Sibylla, Palais royal de Stockholm, 15 septembre 2026. À ses côtés, Gilles et Monica Bragard.

La date n’est pas anodine. Le 15 septembre 1973, Carl XVI Gustaf montait sur le trône. Ce jour-là, il fête cinquante-trois ans de règne, un record dans l’histoire suédoise.

Et c’est avec les cuisiniers des chefs d’État qu’il en passe une partie.

Gilles Bragard s’avance. Dans ses mains, une veste de chef, brodée au nom du roi et aux armes du royaume. Le geste est élégant, et plus profond qu’il n’y paraît. Pour un instant, les rôles s’inversent : ceux qui servent les souverains invitent l’un d’eux à entrer dans leur métier.

Le rire du roi

Le roi rit. La photographie l’a saisi de profil, face à la rangée de vestes blanches, les yeux plissés. En face, les chefs rient avec lui. Aucune pose. Juste un moment partagé.

Éclat de rire du roi Carl XVI Gustaf face aux chefs du Club, Palais royal de Stockholm.
Gilles Bragard offre une veste de chef, brodée au nom du roi et aux armes du royaume.

Le Club connaît déjà ces murs. En 1980, le cuisinier de la cour Werner Vögeli y avait accueilli ses confrères. Les rois passent, les chefs aussi. Ce qui demeure, c’est une manière de faire, transmise d’une génération de cuisiniers à la suivante. Une audience dure quelques minutes. La mémoire des cuisines se compte en décennies.

Helsinki : chez Alexander Stubb

Après deux monarchies, une République.

Le 17 septembre, Alexander Stubb reçoit le Club chez lui, à Mäntyniemi, la résidence où il vit, au bord de la mer.

Conçue par les architectes Raili et Reima Pietilä et achevée en 1993, la résidence tourne le dos à la solennité des palais classiques. Pas de colonnade, pas de perspective grandiose. De hautes baies vitrées qui reflètent les pins, des marches de granit, des volumes qui épousent le rocher et la lumière du Nord.

C’est sur ces marches que la photographie est prise. Au centre, le président tient à deux mains sa veste de chef. Sur la poitrine, le lion de Finlande. En dessous, brodé : Alexander Stubb, Finland. À ses côtés, Christian Garcia, Gilles et Monica Bragard. Derrière, en gradins, les vestes blanches du monde entier.

Le président Alexander Stubb présente la veste de chef brodée à son nom et aux armes de la Finlande, devant Mäntyniemi, sa résidence, Helsinki, 17 septembre 2026. À ses côtés, Christian Garcia, Gilles et Monica Bragard.

Saumon, seigle et chanterelles

La Finlande reçoit aussi les chefs par ses produits, ses gestes et ses habitants.

Les chefs visitent la halle de Hakaniemi, l’un des marchés couverts historiques d’Helsinki. Ils ramassent des champignons en forêt, mangent en plein air, découvrent le sauna. À l’école de Käpylä, dans le nord de la ville, ils rejoignent une classe d’économie domestique, dans l’odeur des chanterelles poêlées. Des cuisiniers de Chefs d’Etat face à des élèves finlandais : la scène a quelque chose de joyeusement désordonné, et c’est précisément son charme.

Trois capitales. Trois manières de recevoir.

Le Danemark a ouvert sa mémoire, ses appartements et son jardin.

La Suède a offert un éclat de rire, le jour même d’un anniversaire de règne.

La Finlande a ouvert une maison, puis ses écoles, ses forêts et ses cuisines.

Et partout, le même geste : une veste blanche, brodée d’un nom et d’un blason, tendue à celui qui reçoit.

Deux Rois et un Président sont désormais, un peu, membres de la brigade.

Les chefs étaient invités. Ils ne cessaient pas pour autant d’être chefs. Ils ont observé ce qu’ils savent mieux que quiconque déchiffrer : la préparation d’un espace, le rythme d’un accueil, la précision qui permet à une réception de paraître simple.

Un pays ne se dévoile jamais autant qu’au moment où il reçoit ceux qui savent recevoir.


Sources et crédits

Sources institutionnelles

Presse

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