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Intendance Palace
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La Gazette de l’Intendant

Protocole et Cérémonial

Pandas, porcelaine, statue : les cadeaux qui ont fait l'histoire

Un bureau né d’un naufrage

Le HMS Resolute, navire britannique parti en 1852 rechercher l’expédition disparue de Sir John Franklin dans l’Arctique, abandonné pris dans les glaces, puis retrouvé et renfloué par un baleinier américain en 1855. Washington restitue le navire à Londres en gage d’amitié.

Gravure à l'eau forte du HMS Resolute de décembre 1856

En 1880, vingt-cinq ans plus tard, une caisse mystérieuse arrive à la Maison-Blanche : à l’intérieur, un bureau accompagné d’une plaque de laiton précisant qu’il est offert par la reine de Grande-Bretagne et d’Irlande au président des États-Unis. La reine Victoria offre au président américain Rutherford B. Hayes un lourd bureau de bois sculpté. Rien d’anodin dans ce bois : il provient des membrures du HMS Resolute.

Ronald Reagan travaillant sur le Resolute desk. On aperçoit la base de quelques centimètres qu'il a fait rajouter pour rehausser le bureau.

Le geste britannique répondait exactement au geste américain, dans la même matière et le même esprit : rendre un bien pour en faire, une fois transformé, le socle d’une alliance. Le bureau, dit Resolute, sert aujourd’hui encore de bureau présidentiel dans le Bureau ovale. Aucun autre cadeau d’État n’aura connu pareille longévité fonctionnelle : la plupart des présents diplomatiques finissent en musée ou en réserve. Celui-ci continue de porter, littéralement, le poids du pouvoir exécutif américain.

La porcelaine comme instrument de paix

En 1807, Napoléon Ier et le tsar Alexandre Ier se rencontrent sur un radeau ancré au milieu du fleuve Niémen, à Tilsit, pour signer un traité de paix qui rebat les cartes de l’Europe.

L’année suivante, neuf grandes caisses venues de Paris arrivent à Saint-Pétersbourg : elles contiennent un service à dessert produit par la manufacture impériale de porcelaine de Sèvres, connu comme le « service Olympique ».

Assiette du Service Olympique représentant Psyché enlevée par Mercure.

La même année, Napoléon offre également au tsar un second service, dit égyptien, décoré d’après les relevés que Vivant Denon avait effectués pendant la campagne d’Égypte. Le choix n’a rien de décoratif : depuis Louis XV, la porcelaine de Sèvres sert de cadeau d’État français, et Napoléon amplifie systématiquement cette pratique pour affirmer, par la table, la puissance d’un empire encore jeune.

Une plaque du service égyptien de Sèvres, représentant les Colossi de Memnon

Une statue trop grande pour un seul don

La Statue de la Liberté est offerte par le peuple français aux Américains à l’initiative du juriste Édouard de Laboulaye, dès 1865, pour célébrer le centenaire de l’indépendance américaine.

Ce que l’histoire retient rarement, c’est la mécanique de financement : le monument est payé par une double souscription publique, de part et d’autre de l’Atlantique, la France prenant en charge la statue et les États-Unis leur socle. Une fois achevée, la statue est démontée en 350 pièces réparties dans 210 caisses avant de traverser l’océan à bord d’une frégate française.

Le cadeau diplomatique le plus célèbre du monde n’a donc jamais été un geste d’État au sens strict : c’est une souscription populaire devenue monument officiel, inaugurée en 1886 par le président Grover Cleveland.

Elle illustre un principe que l’intendance connaît bien : un présent d’une telle ampleur ne peut reposer sur la seule générosité d’un souverain.

Il exige une logistique de transport, un chantier de montage et un financement partagé, faute de quoi il reste, comme la tête de la statue exposée en 1878 à l’Exposition universelle de Paris, une promesse inachevée.

Assemblage de la Statue de la Liberté, Paris · Albert Fernique.

Deux pandas contre deux bœufs musqués

En février 1972, Richard Nixon devient le premier président américain en exercice à se rendre en Chine populaire. Pendant un dîner officiel, la Première dame Pat Nixon confie au premier ministre Zhou Enlai son admiration pour les pandas géants aperçus au zoo de Pékin. Il lui répond simplement qu’il lui en donnera. Deux mois plus tard, les pandas Ling-Ling et Hsing-Hsing arrivent au zoo national de Washington, offerts par le gouvernement chinois, scellant la reprise de relations rompues depuis vingt-cinq ans.

Plus de détails Ling-Ling (en bas) se fait mordre de manière ludique par Hsing-Hsing - 1983

En retour, le gouvernement américain envoie en Chine une paire de bœufs musqués, don dont l’asymétrie diplomatique n’échappe à personne : le directeur du zoo national lui-même reconnaîtra que les bœufs musqués n’ont pas le charme des pandas.

Cet épisode illustre une règle discrète du cadeau d’État : sa valeur ne se mesure pas à son prix mais à sa rareté politique. La Chine, seule détentrice de pandas sauvages, en a fait depuis les années 1950 un outil de politique étrangère renouvelé à chaque rapprochement diplomatique majeur, du Japon au Royaume-Uni. L’animal devient ambassadeur, l’intendance du zoo devient affaire d’État, et l’entretien de l’animal, pendant des décennies, reste à la charge du pays receveur.

L’éléphant blanc, ou le cadeau qui ruine

Aucun inventaire des cadeaux diplomatiques ne serait complet sans son contre-exemple.

Selon une légende largement répandue depuis le milieu du XIXe siècle, les rois de Siam auraient eu coutume d’offrir un éléphant blanc, animal sacré et too précieux pour être mis au travail, à un courtisan tombé en disgrâce : l’honneur du don masquait la ruine certaine que représentait son entretien. L’expression est passée telle quelle dans plusieurs langues pour désigner un présent aussi prestigieux qu’encombrant.

Cette histoire, si souvent citée, est probablement une légende urbaine. Aucune preuve historique ne vient étayer la thèse d’un cadeau punitif : au contraire, ces animaux étaient jugés bien trop précieux pour être cédés, au point qu’un roi de Pegu déclencha une guerre en 1568 contre le roi de Siam qui refusait de lui en vendre un.

Un éléphant blanc dans l'art thaï du xixe siècle.

L’historienne Rita Ringis a résumé la chose sans détour : aucun monarque siamois n’a jamais considéré ses éléphants blancs comme un fardeau, ni ne les a donnés. La légende naît probablement d’une confusion avec des récits similaires venus d’Inde, colportés par les négociants occidentaux au XIXe siècle.

Le cinquième cadeau de cette liste n’est donc pas un objet, mais une idée reçue sur les cadeaux eux-mêmes : elle mérite sa place ici précisément parce qu’elle rappelle qu’en matière de protocole, la mémoire populaire invente parfois plus vite qu’elle ne vérifie.


Sources : Wikipédia (Resolute Desk, Diplomatie du panda, Statue de la Liberté, Ling-Ling et Hsing-Hsing) ; White House Historical Association ; Encyclopaedia Britannica ; Persée, « Le Service Olympique au Musée des Armures du Kremlin » ; napoleon.org ; Wikipedia (Sèvres Egyptian Service, White elephant) ; History.com ; wordhistories.net ; Almost History Podcast.


Crédits Photos :

Par Gioacchino Serangeli, 1810 musée de l’Histoire de France (Versailles) © Réunion des musées nationaux / Jean Arnaude

Par Illustrated London News - Cropped version of an image that appeared in Illustrated London News. Cropped version taken from www.aforteanosla.com.

Par President (1981-1989 : Reagan). White House Photographic Office. 1981-1989 - File URL Catalog record, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=91394048

Par Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg) - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=55021164

Par Associated Press - The Sacramento Bee, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=132017422

Par Anonyme (Thaïlande) - Walters Art Museum: Home page  Info about artwork, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=91068