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Intendance Palace
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La Gazette de l’Intendant

Le roi Charles III et la reine Camilla reçoivent le sultan Haitham bin Tarik à Windsor, le 20 octobre 2026. Source : The Royal Household.
Cuisine Diplomatique

Royaume-Uni : à Windsor, le kahwa devient thé

Trois thés, et non un café omanais

À l’issue du banquet donné le 20 octobre 2026 dans St George’s Hall, les quelque 160 invités pouvaient choisir entre trois boissons conçues pour la visite d’État du sultan d’Oman : un Earl Grey glacé à la datte, une infusion glacée de menthe et de rose, ou un mélange chaud épicé à la cardamome, sucré au miel du domaine de Windsor.

La précision est importante. Le palais n’a pas présenté ces boissons comme du kahwa, mais comme des thés inspirés de son rituel. Le kahwa est traditionnellement un café arabe légèrement torréfié, parfumé notamment à la cardamome et, selon les pratiques, à l’eau de rose ou au safran. À Windsor, le café a disparu de la composition. Ses principaux repères aromatiques ont été conservés, puis associés à une boisson profondément inscrite dans les usages britanniques.

Le communiqué de la Maison royale assume cette transformation. Il évoque une adaptation du concept omanais à « l’amour ancien des Britanniques pour le thé », tout en maintenant la cardamome, la rose, la datte et les épices qui permettent d’identifier le référent initial.

Windsor ne cherche donc pas à reproduire le rite de son invité, mais à le traduire dans le vocabulaire de la maison qui reçoit.

Cette nuance évite de présenter une création britannique comme une version authentique du café omanais. Elle constitue aussi la singularité du geste diplomatique : reconnaître une tradition étrangère sans prétendre se l’approprier.

Le café comme geste d’accueil

Le choix du kahwa ne se réduit pas à une combinaison de saveurs. Dans les sociétés de la péninsule Arabique, le service du café possède une valeur sociale et cérémonielle documentée.

Le café arabe figure sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, avec Oman parmi les États porteurs de la candidature d’origine. L’organisation le décrit comme un symbole de générosité, d’hospitalité et de respect. Sa préparation et son service obéissent à des usages transmis entre générations. L’invité ou la personne la plus âgée reçoit habituellement la première tasse, présentée de la main droite.

En choisissant ce rituel comme point de départ, les cuisines royales ne se sont donc pas contentées d’emprunter la cardamome ou la rose. Elles ont retenu un geste dont la fonction première consiste à accueillir.

La transformation du café en thé matérialise alors la rencontre entre deux traditions. La datte, la rose et la cardamome maintiennent un lien perceptible avec Oman. L’Earl Grey et le miel de Windsor replacent la composition dans l’univers britannique. Les deux cultures ne sont pas fondues jusqu’à devenir indistinctes. Leur différence reste visible, et même revendiquée.

Chaque chaise est positionnée selon un espacement contrôlé avant l’arrivée des convives. La mise en place révèle la précision matérielle qui soutient le cérémonial. Photographie : Aaron Chown / PA Wire.

Le domaine royal entre dans la composition

Le miel de Windsor joue un rôle plus intéressant que celui d’un simple produit sucrant. Il relie la boisson au lieu où elle est servie et transforme le domaine royal en ingrédient diplomatique.

Le même principe apparaissait dans le décor de la table. Des grenades cueillies dans le Venus Garden, sur l’East Terrace du château, avaient été placées au pied d’un candélabre en vermeil représentant saint Georges et le dragon. Selon les informations communiquées à PA Media, l’arbre avait été planté par le prince Philip plus de cinquante ans auparavant.

Le fruit introduisait ainsi plusieurs temporalités sur la table. Il provenait du jardin de Windsor, rappelait une plantation ancienne et accompagnait une visite contemporaine. Autour de lui avaient été disposés des dahlias roses, des asters violets, des lis de Guernesey rouges et des baies de sorbier.

Un fruit du jardin, un miel du domaine, un candélabre historique : chacun de ces éléments possède une provenance identifiable. Leur réunion compose une hospitalité profondément attachée au lieu. La monarchie reçoit avec ce qu’elle conserve, cultive et entretient.

Ce recours aux ressources du domaine ne doit pas être confondu avec une recherche systématique de symboles cachés. La saison, les disponibilités horticoles et les contraintes du service participent aussi aux choix. Mais lorsque le palais précise l’origine d’un fruit ou d’un miel, cette provenance devient une partie du récit officiel de la réception.

Une diplomatie de la traduction

La visite du sultan Haitham bin Tarik s’inscrivait dans une relation que les deux souverains ont présentée comme ancienne et personnelle. Il s’agissait de la première visite d’État au Royaume-Uni d’un sultan d’Oman depuis celle du sultan Qabous en mars 1982.

Dans son discours, Charles III a rappelé l’ancienneté des échanges maritimes et commerciaux entre Oman et le Royaume-Uni. Le sultan a, en retour, salué l’hospitalité reçue à Windsor et la continuité de l’amitié entre les deux pays.

Les trois thés ne sauraient résumer cette relation diplomatique. Ils lui donnent toutefois une forme immédiatement perceptible. Le thé affirme l’identité de l’hôte. Les arômes du kahwa reconnaissent celle de l’invité. Le miel inscrit la composition dans le domaine royal.

Le service offrait également un choix entre deux boissons froides et une boisson chaude. Cette pluralité permettait de conserver la fonction d’accueil du rituel sans imposer une imitation unique. Elle donnait aux convives une liberté inhabituelle à l’issue d’un repas dont l’ordonnancement demeure, par ailleurs, très précisément réglé.

À Windsor, le kahwa omanais n’a finalement pas été reconstitué. Il a traversé le château sous la forme de trois thés. Entre la cardamome, la datte et le miel du domaine, la distance entre Mascate et Windsor n’a pas été effacée.


Sources et crédits

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