Au Palais royal de Phnom Penh, la danse classique khmère est un acte d’État, célébré sur le pavillon du Clair de Lune. Et le roi Norodom Sihamoni, avant de régner, fut un danseur de ballet.
Voyage dans le palais où la danse est une affaire d’État
La plupart des palais royaux d’Asie sont devenus des musées. Celui de Phnom Penh, non. Il reste la demeure d’un roi, Norodom Sihamoni, et le théâtre vivant des cérémonies de la monarchie cambodgienne.
On y couronne, on y reçoit les ambassadeurs, on y donne des banquets d’État.
Mais ce qui distingue vraiment ce palais tient à une pratique que peu d’États placent aussi haut.
Ici, la danse n’est pas un divertissement elle est au même rang qu’une audience ou qu’un traité.

Un palais vivant, né d’un transfert de capitale
L’histoire du lieu commence en 1866, lorsque le roi Norodom Iᵉʳ transfère sa capitale d’Oudong à Phnom Penh et fait bâtir un palais sur la rive, au confluent du Tonlé Sap et du Mékong. Le complexe, agrandi sous ses successeurs Sisowath et Monivong, couvre aujourd’hui près de dix-huit hectares, ceints de murs et divisés en plusieurs enceintes.
On y trouve la salle du Trône, dont la flèche centrale, haute de cinquante-neuf mètres, s’inspire du Bayon d’Angkor ; la Pagode d’argent, au sol pavé de tuiles précieuses ; et le palais Khemarin, résidence privée du souverain, fermée au public, qui occupe à elle seule près de la moitié du domaine. Contrairement à tant de palais devenus des vitrines, celui-ci abrite encore la vie quotidienne d’une cour.
Le pavillon du Clair de Lune
À l’avant du palais, ouvert sur la ville, se dresse le pavillon Chan Chhaya, le « Clair de Lune ». Édifié dans sa forme actuelle en 1913, ce pavillon à ciel ouvert est l’un des rares bâtiments du palais visibles de la rue, car il fut bâti à même le mur d’enceinte.
Son intérêt, pour qui observe l’intendance des palais, tient à sa polyvalence. Le même pavillon sert de tribune au roi pour saluer les défilés, de scène au Ballet royal khmer, et de cadre à certains banquets d’État. Un seul lieu, trois usages cérémoniels, qui se succèdent au fil du calendrier. Le Chan Chhaya est le point où le palais se donne à voir, et où la monarchie se met en scène devant son peuple.

Quand la danse devient une affaire d’État
Le Ballet royal du Cambodge n’est pas une distraction pour touristes. C’est un art sacré, dont les gestes codifiés remontent aux danseuses célestes sculptées sur les bas-reliefs d’Angkor, et qui figure aujourd’hui au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Longtemps, seules les femmes de la cour purent l’exécuter, sous l’autorité directe de la reine.
Cette danse fut aussi, en son temps, un instrument diplomatique. Dans les années 1960, le prince Norodom Sihanouk présenta le ballet royal aux plus grands chefs d’État de passage, du général de Gaulle à Hailé Sélassié, comme la preuve vivante qu’un petit royaume porteur d’une telle beauté ne devait pas être sacrifié. La danse plaidait, en silence, la cause du pays.
Cet héritage a failli disparaître. Sous le régime des Khmers rouges, la monarchie fut abolie et une grande partie des danseurs périrent. Après ces années sombres, l’art fut patiemment relevé, la monarchie rétablie en 1993, et le ballet retrouva sa place au cœur du palais.

Un roi qui fut danseur
Reste le trait qui donne à ce palais toute sa singularité. Avant de régner, Norodom Sihamoni fut un danseur de ballet. Envoyé à Prague en 1962, il y étudia la danse classique à l’Académie des arts et obtint, en 1971, un premier prix. Il enseigna ensuite le ballet à Paris, dans plusieurs conservatoires, fonda sa propre troupe, puis servit comme ambassadeur du Cambodge auprès de l’UNESCO, où il défendit la culture de son pays.
Homme discret, à la vie modeste et tournée vers les arts, il fut porté sur le trône en 2004, à la surprise générale, après l’abdication de son père. Il y a là une rare harmonie : le souverain qui préside aujourd’hui aux cérémonies du Chan Chhaya connaît de l’intérieur l’art qui s’y danse. Le palais du ballet est gouverné par un homme qui en fut l’un des interprètes.


FAQ
Quel est le palais royal du Cambodge ? Le Palais royal de Phnom Penh, bâti à partir de 1866 sous le roi Norodom Iᵉʳ, sur la rive au confluent du Tonlé Sap et du Mékong. Il reste la résidence officielle du roi, aujourd’hui Norodom Sihamoni.
Qu’est-ce que le pavillon Chan Chhaya ? Le pavillon du « Clair de Lune », édifice à ciel ouvert en façade du palais. Il sert tour à tour de tribune royale pour les défilés, de scène pour le Ballet royal khmer et de cadre pour certains banquets d’État.
Pourquoi la danse est-elle si importante dans ce palais ? Le Ballet royal du Cambodge est un art sacré, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, dont les gestes remontent aux bas-reliefs d’Angkor. Il a longtemps accompagné les grandes cérémonies de la cour et servi d’instrument diplomatique.
En quoi le roi actuel est-il particulier ? Norodom Sihamoni fut, avant de régner, un danseur de ballet professionnel, formé à Prague et professeur de danse à Paris, puis ambassadeur auprès de l’UNESCO. Il est roi depuis 2004.
Peut-on visiter le Palais royal ? Une partie du complexe est ouverte aux visiteurs, notamment la salle du Trône et la Pagode d’argent. Les zones résidentielles du souverain, dont le palais Khemarin, restent fermées au public.



