Dans le premier volet, l’abeille quittait le manteau de Napoléon pour s’installer dans les jardins. Reste à savoir qui s’en occupe.

Le charpentier de la pelouse sud
À la Maison-Blanche, l’apiculteur fut d’abord un charpentier. En mars 2009, Charlie Brandts, qui travaille à l’entretien de la résidence et élève des abeilles en amateur, est sollicité par le chef Sam Kass. Michelle Obama vient de faire creuser un potager. Il faut des pollinisateurs. Brandts installe une ruche. Le 10 juin, un photographe officiel le saisit en train de récolter le premier miel.
Dix-sept ans plus tard, deux colonies historiques produisent entre 90 et 100 kilos de miel les bonnes années. Une troisième ruche a été inaugurée le 24 avril 2026, trois jours avant l’arrivée des souverains britanniques. Le miel finit dans les thés et les vinaigrettes, dans les desserts des réceptions, parmi les cadeaux officiels du couple présidentiel. Une partie va aux soupes populaires. Sous Barack Obama, il a même servi à brasser une bière, la White House Honey Ale, dont la recette fut publiée en 2012.
Pour le dîner de Charles III, la Première dame aurait demandé qu’on prévoie des pots supplémentaires pour le roi et la reine, « parce qu’ils aiment le miel ». Le compliment avait du fond. Le roi est apiculteur depuis longtemps.

Une île sur le lac de Buckingham
À Londres, les ruches de Buckingham ont été posées à la fin des années 2000 sur une île du lac, au fond du jardin. Elles sont quatre. Leur miel ne part pas dans une boutique : il entre dans les cuisines de Mark Flanagan, chef royal depuis 2002, qui en fait des madeleines, des truffes et un biscuit à la crème servis aux Garden Parties. Le site de la famille royale parle de plus de trois cents pots récoltés en une année.
Les autres maisons de la famille ont leurs propres ruchers. Clarence House en compte deux. À Highgrove, le domaine du roi dans le Gloucestershire, les ruches occupent un pigeonnier, et le miel s’y vend sous le nom du domaine.

Le tilleul de l’Élysée
Rue du Faubourg-Saint-Honoré, l’histoire est moins linéaire. Des ruches existaient déjà dans le parc en 2016, selon l’apiculteur corrézien qui dit les y avoir installées. En mai 2021, deux nouvelles ruches arrivent du Vexin, confiées à Xavier Frémin, que le président avait rencontré lors d’un déplacement dans l’Eure. La première récolte, en octobre, donne une quinzaine de kilos.
Depuis l’automne 2023, quatre ruches fabriquées dans le Haut-Jura occupent le parc. Leur première récolte a fourni 35 kilos d’un miel toutes fleurs où domine le tilleul, l’arbre le plus présent du jardin. Les agents de la présidence peuvent en acheter chaque année.
Le miel des parlements
Au Bundestag, le projet naît en 2015 de la rencontre d’une députée écologiste, Bärbel Höhn, et d’un apiculteur berlinois, Daniel Holstein. Une première colonie s’installe en avril 2016. Les ruches occupent aujourd’hui le toit du Jakob-Kaiser-Haus, voisin du Reichstag. Le miel porte un nom de cru, Bundestagsblüte, la fleur du Bundestag, et se vend au personnel.
À Canberra, le Parlement australien a choisi une autre destination. Depuis 2017, l’apiculteur Cormac Farrell veille sur ses ruches, et la plus grande part du miel est réservée aux dirigeants étrangers en visite. Le reste devient savon, hydromel et même vodka, en vente à la boutique.

La cire du Grand Sceau
C’est à Édimbourg que le rucher va le plus loin dans la vie de l’État. Le Parlement écossais abrite une quinzaine de ruches, soit environ un million d’abeilles selon la BBC. Quand la vente de leur miel a été annoncée à la boutique, l’apiculteur Stuart Hood a parlé d’une « petite ruée ».
Le miel, pourtant, n’est pas le plus remarquable. La famille Hood purifie aussi la cire des rayons et la remet aux Archives nationales d’Écosse. Là, elle est fondue, teintée de rouge, puis coulée dans le Grand Sceau d’Écosse. Ce sceau authentifie le décret par lequel le souverain donne sa sanction royale aux lois votées à Holyrood.
Une loi écossaise reçoit sa sanction sous un sceau qui doit une part de sa cire aux ruches du Parlement.
Le miel des palais finit le plus souvent dans une assiette ou dans un coffret. En Écosse, la cire de leurs ruches accompagne la sanction des lois.


Sources et crédits
Sources institutionnelles
- Maison-Blanche,
menu et décor du dîner d’État du 28 avril 2026
. * Maison-Blanche,
nouvelle ruche de la pelouse sud, 24 avril 2026
. * Maison-Blanche (archives Obama),
recette de la White House Honey Ale, 1er septembre 2012
. * Royal.uk,
. * Élysée,
. * Parlement écossais,
. * Parlement australien,
.
Presse, par pays
- États-Unis : Fox News,
miel offert lors de la visite royale, 2 mai 2026
; Bee Culture,
. * Royaume-Uni : BBC,
les abeilles de Holyrood et le Grand Sceau, 20 août 2023
. * France : Le Parisien,
deux ruches venues du Vexin, 8 mai 2021
; actu.fr,
première récolte, 12 octobre 2021
; Paris Match,
l’Élysée en transition écologique, 9 octobre 2024
. * Allemagne : Das Parlament,
les abeilles du Bundestag, 2 janvier 2023
; Süddeutsche Zeitung,
miel du Parlement, 11 mai 2025
. * Australie : Region Canberra,
les ruches du Parlement, 24 août 2019
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Crédits image
- Image principale : Chris Jackson / Getty Images, réf. 2273613899.
- Image 1 : Lawrence Jackson / Maison-Blanche, domaine public.
- Image 2 : Royal.uk
- Image 3 : DBT / photothek / Florian Gärtner
- Image 4 : Scottish Parliamentary Corporate Body, Open Scottish Parliament Licence v1.0.
- Illustration : image générée par intelligence artificielle pour Intendance Palace.














