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Ghana : Jubilee House tourne la page d'Osu Castle

  • Jubilee House s’est construit contre un château, et contre l’histoire que ce château incarne. Jubilee House, palais présidentiel du Ghana, a remplacé Osu Castle pour rompre avec une mémoire douloureuse.

Osu Castle n’était pas un simple ancien siège du pouvoir. Ses murs blancs, plantés face à l’Atlantique, ont servi de comptoir puis de forteresse dans le commerce des esclaves ; ils ont ensuite abrité, sans discontinuité architecturale, les gouverneurs coloniaux puis les présidents d’un Ghana indépendant. Gouverner depuis Osu, c’était gouverner depuis le lieu des blessures les plus profondes de l’histoire nationale.

Un dessin du fort dano-norvégien, Fort Christiansborg, maintenant le château d'Osu. L'avant-poste à droite est Fort Prøvestenen.

Entre esclavage et colonisation, le Castle portait une mémoire jugée incompatible avec la représentation d’un pouvoir exécutif souverain.

Pendant les décennies qui ont suivi la destitution de Kwame Nkrumah, artisan de l’indépendance et premier président du Ghana, aucun chef d’État ghanéen n’a semblé vouloir, ou pouvoir, trancher cette contradiction : exercer une souveraineté pleine et entière depuis les murs qui avaient abrité la traite transatlantique puis la gouvernance coloniale.

En 2008, le Ghana tranche. Un nouveau complexe s’élève au nord d’Accra, en retrait de Liberation Road, la « route de la libération ».

Osu Castle, Ghana

Changer d’adresse, ici, ce n’est pas déménager un bureau : c’est refuser de continuer à administrer un pays depuis le lieu de sa propre douleur

La forme choisie n’est pas neutre : le bâtiment épouse la silhouette d’un tabouret royal ashanti, emblème séculaire d’autorité et de légitimité dynastique des peuples Akan.

Emblématique, mais pas consensuel : toutes les composantes culturelles du Ghana ne se reconnaissent pas dans ce vocabulaire akan, et le nouveau palais, en refermant une blessure de l’histoire, en rouvre une autre, plus discrète, celle de savoir quelle culture nationale a le droit de dessiner le pouvoir.

Palais Présidentiel de Jubilee House

Le complexe ne loge pas qu’un chef d’État. C’est l’appareil complet d’un pouvoir qui a choisi de ne plus jamais devoir sortir de chez lui. Le palais inclut également les bureaux de la vice-présidence, une résidence pour chefs d’État en visite, une clinique, une banque…

Demeure une dernière ambiguïté, que le Ghana continue d’entretenir. Jubilee House commémore, par son appellation, le 50e anniversaire de l’indépendance. Mais il porte aussi le nom de l’ancien site sur lequel il fut bâti : Flagstaff House. Kwame Nkrumah avait fait de ce bâtiment colonial sa résidence, jusqu’au coup d’État qui le destitua. Ce nom, symboliquement associé à Kwame Nkrumah, convoque un héritage politique débattu, et une mémoire à honorer.

En 2018, un décret tranche : Jubilee House pour le siège en exercice, Flagstaff House réservé au souvenir du fondateur de la nation et de l’un des pères du panafricanisme.

Un palais peut donc porter deux noms sans porter deux pouvoirs, à condition qu’un texte officiel vienne dire la mémoire qui le gouverne.

Tabouret royal ashanti,
Source : Illustration produite par Intendance Palace

« Avec les conseils de Marguerite de Sabran, spécialiste du patrimoine et des arts d’Afrique »


Avec la contribution de Marguerite de Sabran